Extraits des livres

Les étoiles danseront pour toi

Luukas et ses parents se regardèrent., interdits. Jamais Miia n’avait montré de telles exigences. Pourtant, elle avait toujours vibré à l’évocation des légendes de son pays. Le soir du Nouvel An, il fallait mettre un morceau d’étain dans l’eau pour tenter de gagner la faveur des esprits et un jour, ils avaient même dû monter tous ensemble au grenier afin de compter les rondins pour savoir si son fiancé serait riche ou pauvre. Ne s’était-elle pas, une fois, barbouillé le visage avec de la rosée de Saint-Jean pour tenter de faire disparaître ses taches de rousseur ? N’avait-elle pas tenté d’attraper des graines de fougères afin de devenir invisible ? Et lorsqu’elle leur avait raconté la légende des aurores boréales, en leur expliquant qu’un renard avait, en courant, effleuré la neige qui avait alors embrasé le ciel, elle avait les yeux brillants d’émotion. Miia était ainsi, pleine de vie et prête à s’enflammer pour ses rêves. Mais elle était aussi raisonnable, bien trop pour son âge, d’ailleurs et jamais elle n’avait insisté pour des choses qu’elle savait impossibles. Luukas se leva :
— Je vais aller la voir.
Il se dirigea vers la chambre de sa sœur. En entrant, il la trouva recroquevillée sur son lit, comme une fleur fanée.
— Petit Loup…
Mais elle ne bougea pas de sa position, la tête obstinément tournée vers le mur, un coude cachant son visage.
— Tu sais que papa et maman feraient n’importe quoi pour toi. Ils t’ont dit qu’ils t’emmèneraient partout où tu voudrais et…
— Alors je veux aller en France ! l’interrompit brutalement sa sœur.
— Oui, Petit Loup, je sais bien et je te comprends, mais…
— Non, tu ne comprends pas ! hurla-t-elle. Et elle se remit à pleurer de plus belle. Désemparé, il la serra maladroitement dans ses bras.
— Si on pouvait le faire, on le ferait, tu sais. Mais il n’y a que papa qui travaille et ce serait un voyage beaucoup trop onéreux.
Par délicatesse, il ne rajouta pas que malheureusement la maladie de sa sœur épuisait la trésorerie familiale sans espoir d’une quelconque amélioration financière.
— Je sais ! Je sais tout cela Luukas, mais… Tu ne comprends pas ! C’est si important pour moi !
Elle soupira et elle rajouta, avec une ébauche de sourire, tout en essuyant d’un revers de main ses larmes qui déferlaient sur ses joues :
— N’en parlons plus ! C’est vrai, c’était un rêve fou. Et je sais bien que tous nos désirs ne peuvent pas toujours se réaliser.
Puis elle rajouta dans un souffle, si bas que Luukas dû tendre l’oreille pour attraper ses mots avant qu’ils ne s’envolent dans la nuit :
— Pourtant, je suis sûre que la fée Esterelle pourrait me guérir, elle. Comme cela, je ne serais pas obligée de vous quitter et de partir pour toujours… J’ai si peur…
Alors, il voulut devenir Terre, pour lui offrir toutes les lavandes du monde. Il voulut devenir Ciel, pour l’envelopper et la protéger de son manteau d’éternité. Il voulut devenir Vent, pour porter, sur ses ailes puissantes, son rire clair et cristallin aux quatre coins de la galaxie. Il voulut devenir Mer, pour emporter ses larmes vers des îles lointaines. Il voulut devenir Légendes, pour que ses rêves deviennent réalité…
Mais il n’était que Luukas…
Il n’était que son frère…
Il s’assit sur le bord du lit de sa petite soeur et la tête entre ses mains, il pleura.